Vous traversez certains villages au Maroc, où les conditions
de vie sont moins favorables qu'ailleurs dans le royaume. Plus de pauvreté,
et des enfants qui courent vers vous, dès votre arrivée.
Vous êtes alors tenté de leur donner des "bricoles"
que vous avez apportées...
Réponse à quelques idées toutes faites :
1. Mais
ces enfants n'ont rien ?
Certes leur situation est difficile, et ce n'est pas un bonbon
ou un stylo qui va leur donner un avenir ! Des chaussures ou vêtements
en bon état, à la rigueur, et encore, seulement si vous
prenez le temps de connaître la famille pour les donner.
2. Mais
c'est pour aller à l'école qu'ils veulent des stylos ?
Ne rêvons pas, si les stylos des touristes amélioraient
la scolarisation de ces enfants, il y aurait des panneaux géants
à l'entrée des villages "Donnez-nous vos stylos,
envoyez nos enfants à l'école !"
Si ces enfants sont au bord des routes à guêter les voitures,
ce n'est pas parce qu'il leur manque un stylo pour aller étudier.
Les raisons de la déscolarisation sont complexes, l'Etat
marocain, la société civile marocaine et les ONG travaillent
à les résoudre une par une.
3. Alors
pourquoi demandent-ils des stylos, ces enfants ?
Parce que c'est l'objet que les touristes, dès les années
80, ont commencé à distribuer systématiquement
dans les villages: des stylos publicitaires, qui faisaient la joie
des enfants. Résultat : aujourd'hui dans l'esprit des enfants,
le touriste est souvent un distributeur de stylos. La même
mauvaise habitude a été donnée aux enfants d'autres
pays; en Inde, on distingue les villages touristiques des autres, par
le refrain "Give me a candy, give me a pen" répété
par enfants. Les mêmes mots que ceux des enfants marocains, et
pour cause, même geste des touristes, même effet, malgré
de fortes différences de culture.
4. Bon
d'accord ces enfants demandent, mais en quoi est-ce un problème
?
A plusieurs titres :
- Seuls les plus hardis obtiennent quelque chose, ce sont toujours
les mêmes
- Ces enfants traînent au bord des routes au lieu d'aller
à l'école ou de se consacrer à une activité
constructive;
- Ils ont une attitude de mendiant qui fait souvent honte à
leur famille;
- Ce geste de donner sans prendre le temps, donner sans considérer
vraiment l'enfant, a donné à ces enfants une mauvaise
image des étrangers (de gens riches, pressés, et dont
il faut obtenir ce qu'on peut avant qu'ils ne s'enfuient ailleurs :
sacré malentendu culturel non ?)
Les enfants deviennent même parfois agressifs avec les touristes
(jets de pierres ou de paroles peu flatteuses) qui ne donnent rien ou
passent en voiture trop rapidement; on ne peut pas leur en vouloir,
ce ne sont pas eux qui ont tiré les premiers, mais ces véhicules
passant en caravanes flambantes, qui jettaient par les vitres des stylos,
comme des miettes à des oiseaux.
Bilan : vous vous êtes donné bonne conscience en
croyant aider, vous avez encouragé un système qui ne profite
à personne et qui a des conséquences fâcheuses !
5. Alors
que faire ?
Nous y voilà ! Vous voulez aider ces enfants, c'est généreux
à vous. Une action utile est une action qui répond
à un besoin local; voici quelques conseils pour donner utile
:
* Demander à voir un instituteur ou un responsable d'association
: ils connaissent les familles les plus nécessiteuses. Si vous
donnez un paquet de stylos à l'instituteur, il le gardera dans
sa classe et pourra dépanner toute l'année les enfants
en panne de stylos.
* Avantage : les stylos ou autres dons, sont donnés
dans un contexte sensé et constructif, le stylo alors encourage
réellement la scolarité. Soit parce qu'il est donné
à un écolier qui n'en avait plus, soit parce que ce stylo
spécial, publicitaire ou simplement différent du Bic standard,
apporte un petit "plus" à la trousse de l'écolier,
un encouragement.
* Autre avantage, vous permettez ainsi à la solidarité
locale de s'exprimer, vous respectez les échanges et l'organisation
naturelle entre les habitants du village, au lieu de faire jouer
la loi du plus fort ou du malin. Les instituteurs sont souvent bien
désemparés devant leur classe, à voir les enfants
s'emprunter les stylos et les craies... en leur donnant un peu de matériel
vous les aidez à faire leur travail.
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Donner utile, c'est accepter parfois de ne
pas donner soi-même, et de laisser d'autres le faire à
votre place.
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6. Pas d'accord : je veux donner moi-même !
Vous souhaitez donner de votre propre main aux enfants, soit
parce que vous n'avez pas confiance dans les "relais" locaux
(associations, instituteurs...), soit parce que ce geste est important
pour vous (il vous fait plaisir.)
Vous êtes libre bien sûr !
Nous vous recommandons simplement de veiller à donner dans
un véritable échange, en prenant le temps pour que
le don ait un sens.
Passez un moment avec une famille, discutez avec les habitants, et à
la fin, en partant, faites ce don, en souvenir du moment passé
ensemble. Vous aurez fait un geste solidaire, apporté de la joie,
mais surtout partagé quelque chose, et ça, c'est déjà
très bien.
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